Rehaussement de la formation N°2

Par Marylène Lévesque, Secrétaire et Vice-présidente exécutive
Avec l’aide de Mathieu Rioux, Vice-président par intérim, secteur privé
Association québécoise des assistants techniques en pharmacie

 

Le personnel non diplômé en pharmacie communautaire en 2019

Le grand débat! Nous amorçons cette série avec un sujet controversé depuis longtemps dans le milieu de la pharmacie et encore plus depuis que l’on sait qu’une formation collégiale est sur le point de voir le jour. Le sujet divise énormément et nous ne pouvons ignorer la préoccupation des gens du milieu communautaire qui, dans une grande proportion, n’ont pas suivi la formation reconnue par le Ministère de l’Éducation pour devenir assistant technique en pharmacie. À l’aube d’une grande évolution dans le milieu de la pharmacie au Québec, je crois qu’il est grand temps d’aborder la question avec franchise et ouverture.

Considérant que majoritairement vous êtes des femmes, je me permettrai de vous parler au féminin. À vous toutes qui travaillez dans le milieu communautaire, je tiens d’abord à vous dire combien vous êtes extraordinaires et importantes. On ne vous le dit pas assez et l’état actuel des choses fait en sorte que, trop souvent, on sous-estime la valeur du travail que vous faites chaque jour. Malgré le niveau de responsabilité grandissant pour les pharmaciens, tous les changements dans le mode de facturation et de la règlementation dans le milieu, beaucoup doivent encore débattre du fait que votre travail mérite d’être mieux rémunéré et c’est pire lorsque vous n’avez pas le DEP. Pourtant, vos qualifications ne se sont pas acquises du jour au lendemain, ça n’a pas été facile et vous les possédez. Elles ont donc une valeur qui doit être reconnue. Les plus expérimentées ont appris à une époque où le pharmacien lui-même formait ses ATPs et, aujourd’hui, c’est vous qui enseignez aux nouvelles. Celles qui arrivent avec le diplôme doivent encore mettre en pratique l’enseignement qu’elles ont reçu et elles ont encore beaucoup à apprendre sur la façon d’être une bonne ATP.

Pourquoi faudrait-il avoir une formation alors?

Premièrement, le bagage acquis lors de la formation professionnelle ne permet pas seulement d’apprendre le nom des médicaments et les éléments techniques entourant le rôle d’ATP. Elle prévoit également l’acquisition de certaines notions concernant les lois et normes qui régissent le rôle de l’ATP et celui du pharmacien. Ces règles sont de plus en plus strictes et elles évoluent rapidement. Une mauvaise compréhension ou l’absence de connaissances de celles-ci peut avoir des impacts, plus ou moins grave selon les cas, pour les clients autant que pour vous-mêmes. Il n’est pas rare, pour nous, de voir ou d’entendre parler de situations où des ATPs manipulent des médicaments dangereux de manière qui ne respectent pas les normes et recommandations officielles en la matière. Ceci n’est qu’un exemple et il ne conviendrait pas d’en faire une généralité, mais il y en a bien d’autres. Si le DEP ne garantit pas que la candidate aura le talent pour exercer le métier de façon à satisfaire les besoins du milieu d’un point de vue humain, il a l’avantage de lui permettre d’acquérir les connaissances qui devraient lui permettre de réagir adéquatement et de façon sécuritaire, pour elle-même comme pour les clients, dans les contextes qui nécessitent une précaution particulière. Ce manque s’explique par le fait qu’il y a de plus en plus de tâches différentes à effectuer, autant pour les pharmaciens que pour les ATPs. Par conséquent, les pharmaciens ont de moins en moins de temps à consacrer à la formation du personnel, mais ce sont eux qui ont la responsabilité de demeurer au fait des mises à jour et d’encadrer votre travail en conséquence. Les ATPs sont donc les premières à être pénalisées de cette situation. De plus, la surcharge du pharmacien fait en sorte que vous devez aussi participer à la formation et à l’orientation du nouveau personnel. Tout le monde fait de son mieux, mais nous ne sommes pas pharmaciens. On remarque que cette augmentation de la charge de travail coïncide avec un nombre grandissant de départ et une pénurie de main-d’œuvre compétente généralisée. C’est un cercle vicieux qui alimente le sentiment d’épuisement et le manque de reconnaissance. Malgré votre implication dans l’intégration des ATPs formées, la valeur de votre compétence peut sembler être remise en question par leur diplôme. En fin de compte, cette situation ne valorise personne.

Le deuxième point, c’est que nous vivons dans une société qui a choisi de privilégier l’accès à l’éducation et, en conséquence, il y a nécessairement une façon de mesurer les qualifications. Le fait que le métier soit aussi accessible n’aide en rien à la reconnaissance de l’énorme travail que vous faites. De plus, dans l’imaginaire collectif, nous ne faisons que compter des pilules! Comment justifier toute la complexité et le sérieux du travail qui vous est confié tout en disant que l’exercice de ces tâches est accessible à tous? C’est malheureusement là que le bât blesse, quand vient le temps de faire reconnaître la valeur de votre travail. L’absence d’encadrement dans les critères à l’exercice du métier d’ATP fait de nous, d’un point de vue théorique, du personnel facilement remplaçable. En effet, aussi pointu que puissent être les règles et normes qui encadrent l’exercice du pharmacien, la Loi sur la pharmacie l’autorise à déléguer certaines tâches à du personnel « autre que pharmacien », dans la mesure où la candidate est majeure et possède une expérience de commis à la pharmacie.

Pour ces raisons et aussi parce que le milieu de la pharmacie est sur le point de vivre d’autres grands changements avec le projet de Loi 31, nous pensons qu’il est nécessaire que le métier soit mieux encadré. Vous avez appris que des travaux sont en cours, à la demande du Ministère de la Santé et des Services sociaux, afin que le DEP soit révisé et qu’une formation de niveau collégial soit mise sur pied. L’Office des Professions a été interpelé afin de déterminer la règlementation qui devra encadrer le futur rôle de technicienne en pharmacie. L’Ordre des pharmaciens du Québec est également impliqué et il travaille déjà depuis quelques années, avec un comité composé de représentants de plusieurs associations du milieu et dont l’AQATP fait partie, à réviser la Loi sur la pharmacie. Tous ces éléments auront donc un grand impact sur le milieu de la pharmacie et sur la façon dont le rôle d’ATP s’exercera dans l’avenir. Bien que cela ne représente aucune garantie, nous pouvons vous dire qu’à l’heure actuelle, aucune information ne nous indique qu’il faudra obligatoirement être formée pour exercer le métier d’ATP.

Il ne s’agit donc pas de déterminer si vos compétences ont de la valeur, la réponse est évidente! Il s’agit plutôt de voir de quelle façon, dans l’avenir, il sera possible de s’assurer que l’équipe qui œuvre auprès du pharmacien possède toutes les connaissances et les compétences nécessaires afin de le soutenir adéquatement dans le rôle élargi qu’il est appelé à exercer. La bonne nouvelle, c’est que le Québec peut profiter de l’expérience vécue dans les provinces voisines et prendre des moyens qui encourageront les gens du milieu à rester. On note déjà une différence dans la façon de faire puisque le Québec est la seule province qui prévoit 2 niveaux de formations différents pour le personnel devant soutenir le pharmacien dans ses fonctions. Il ne cessera donc pas d’y avoir des ATPs en pharmacie et le rôle que la future technicienne sera appelée à exercer en officine sera différent du vôtre. Et puis, vous le savez déjà, les pharmacies ne pourraient pas fonctionner sans leur personnel ATP, ceux qui en manquent le savent encore plus! Pour ceux qui le souhaitent, nous savons qu’il est prévu, tout comme il en existe déjà pour la formation professionnelle, que des programmes de reconnaissances des acquis et des compétences soient mis en place pour que celles qui exercent déjà le métier d’ATP aient la possibilité d’accéder au programme collégial en pharmacie, tout en tenant compte du bagage qu’elles possèdent déjà.

Ce que vous possédez, personne ne peut vous le prendre. Vos représentants à l’AQATP sont présents au front pour défendre vos intérêts et s’assurer que les choses soient faites en respectant votre expérience. Nous sommes convaincus que ces changements apporteront une mise en valeur de votre travail et contribueront à faire en sorte qu’il soit mieux reconnu. Beaucoup de décisions restent à prendre et, quelles que soient les mesures qui seront prises, une chose est certaine, il y aura des changements. Vous aurez à vous positionner face à ce changement et à faire des choix. Votre façon d’accueillir ces changements aura aussi un grand impact, pour vous et pour le milieu. Les pharmaciens savent une chose : ils peuvent compter sur vous! Il vous appartient de déterminer de quelle manière vous souhaitez aborder l’avenir et, quelle que soit votre place, si les pharmaciens pourront encore compter sur vous.

 

 

 

2019-12-05T09:25:02-05:00 December 4th, 2019|